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La mort de Nelson Mandela, quel intérêt pour le citoyen du monde et les relations internationales ?

Crédit Keystone
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Drapeaux virevoltants dans tous les sens, frénésie populaire, sursauts et euphories galopantes, tambours en branle, discours éminents des personnalités, émotions vives et saisissantes, branle-bas de sympathie sur les réseaux sociaux, élans de gratitude et d’ovations, tollé général dans les quatre coins du globe,  c’est avec grand intérêt et ahurissement que nous avons suivi les derniers moments de la vie et de la mort de Nelson Rolihlahla Mandela. Il importe pour nous dans cet article non pas d’auréoler un personnage clé de l’histoire du monde, mais d’analyser tous ces hommages,  discours de sympathie des hommes de toute race blanche, jaune, noire, rouge. Même après sa mort, Nelson Mandela semble « rassembler » les nations, être une occasion historique de communion des peuples, races, religions. La remémoration nostalgique d’un passé glorieux devrait plutôt influencer les actions et engagements du futur . Loin de scander un « sancto subito » (saint maintenant), il serait intéressant de mieux analyser l’impact de ce combattant de l’égalité des peuples sur la scène internationale, ensuite le statu quo ou l’immutabilité de l’ordre international et achever sur la carrure d’un vrai « mandeliste ».

Mandela, leader du monde ‘libre ‘

Rappelons-le brièvement que les relations internationales font état des rapports complexes entre les Etats, acteurs traditionnels de la scène internationale. Ces relations, de nos jours font intervenir des acteurs non-étatiques qui complexifient l’arène internationale. Des individus éminents influençant l’histoire jusqu’aux agents religieux (Dalaï Lama, papes,..), tribaux, familiaux, les réseaux sociaux et des acteurs politiques contribuent à décentraliser une politique internationale liée aux Etats. En ce sens, Mandela en tant qu’individu nous intéresse au plus haut point non pas parce que sa mort rassemble des chefs d’Etat aux divergences politiques et idéologiques avouées ou non, mais pour le sceau d’un monde libre de préjugés raciaux, ethniques et idéologiques dont il a marqué l’histoire. Pour Mandela, “I have fought against white domination and I have fought against black domination. I’ve cherished the ideal of a democratic and free society in which all persons live together in harmony and with equal opportunities. It is an ideal which I hope to live for and to achieve. But if needs be, it is an ideal for which I am prepared to die” (Je me suis battu contre la domination blanche et celle noire. J’ai entretenu avec affection l’idéal de la démocratie et d’une société libre où tout le monde pourra vivre en harmonie et avec d’égales opportunités. C’est pour cet idéal que je vis et veut atteindre. Et c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir si besoin se fait sentir.) C’est dire que les motivations profondes qui animaient Mandela dès les débuts de sa carrière d’avocat c’est-à-dire les idéaux de liberté, de démocratie et ensuite d’artisan de la non-violence, de l’acceptation de la différence de l’autre n’ont pas seulement été des intérêts privés mais sont devenus, par le truchement de son combat de tous les jours, une réalité plus ou moins évidente en Afrique du Sud. Il est intéressant de voir comment il a transcendé les races, les religions etc. Mandela a eu le mérite d’avoir incarné dans sa personne et dans son peuple des idées de non-violence, de paix, de liberté, de négociation par la parole plutôt que par les armes. La défense des droits des Noirs, la reconnaissance de la cohabitation entre plusieurs races ne fut pas seulement ce pourquoi il aurait voulu mourir, mais aussi ce pour quoi il voulait que son peuple se batte. C’est le mariage consommé entre son idéal et les aspirations du peuple sud-africain. C’est l’immanence et la parfaite dissolution de l’intérêt idéel et même socio-économique de Mandela dans les aspirations de bien-être du peuple qui nous amène à qualifier l’homme Madiba d’acteur rationnel des relations internationales. D’où cette citation de Mandela dans son ouvrage Un long chemin vers la liberté : « Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de la haine, des préjugés et de l’étroitesse d’esprit. » Quels doivent être en conséquence le bouleversement qui doit être opérer sur la scène internationale ?

L’immutabilité de l’ordre international

La scène internationale est le manifeste même d’un hiatus entre le dire et le faire, les discours et les pratiques subséquentes, les idéaux et les faits. En écho au discours de Barack Obama, on pourrait dire que nombre sont les chefs d’Etat qui rendent hommage au héraut de la démocratie, de la liberté et de l’égalité des hommes mais ne respectent pas les droits de leurs peuples, les oppriment et même instrumentalisent les différences ethniques, religieuses pour se maintenir au pouvoir. Combien sont légions les exemples de chefs d’Etat qui confondent leur autorité au pouvoir politique. L’Etat est devenu plus qu’un héritage, un legs familial voire clanique, l’Etat est devenu le destin d’un personnage auréolé par ses affidés et son cercle vicieux d’amis politiques. De la Gambie et du Bénin où les présidents Yaya Jammeh et Yayi Boni sont obnubilés par des coups d’Etat fictif qui tenteraient de les enrayer de la scène politique jusqu’aux vieux baobabs du Cameroun Paul Biya, du Burkina Faso Blaise Compaoré et du Zimbabwé en passant par des présidents-rebelles en Centrafrique, on pourrait dire que l’Afrique contient en elle-même les germes de sa propre contradiction.

D’une manière générale, les chefs d’Etats ont salué la mémoire d’une icône, d’un combattant infatigable de la liberté, de l’égalité et de la non-violence. Jusqu’à quand encore l’Afrique héritera-t-elle de chefs d’Etats qui banalisent les droits de l’homme et de la femme, discriminent un groupe ethnique au détriment d’un autre, manipulent l’opinion publique ? Jusqu’à quand les chefs d’Etat useraient de leur pouvoir pour tripatouiller les élections parce que «  le peuple a besoin de lui ? ». L’heure n’est point aux pleurs, aux larmes et aux gémissements ni aux discours élogieux, encenseurs, dithyrambiques et apologétiques sur Mandela. L’heure est pour les Africains de pleurer sur leurs chefs d’Etat et pour les Chefs d’Etat de pleurer sur leur peuple car la répression occasionnant craintes et répressions est dépassée. Le glas de l’ère Mandela a sonné dans le but de célébrer main dans la main la cohabitation du pauvre et du riche, du puissant et du faible, du noir et du blanc, du religieux et de l’athée. Cette ère Mandela repose sans aucun doute à notre avis sur les hommes de ce monde vu la démission et le faillibilisme des chefs d’Etat.

La carrure du vrai mandeliste

A voir la sympathie sur les réseaux sociaux, l’empressement avec lequel les « facebookeurs » changent leurs photos de profil en mettant la photo de Mandela, on croirait tout de suite que Nelson Mandela s’est multiplié en des milliers de Mandelistes dans le monde. Une chose est de scander, d’ovationner et de soutenir à force d’arguments ce que Mandela est, ce qu’il a fait, une autre chose est de l’incarner non pas dans les photos mais en réalité. Combien notre monde a-t-il besoin d’actuels et de futurs Mandela et non point des chroniqueurs et des griots à la sauvette ? La vague qui secoue le monde actuellement avec la mort de Mandela s’estompera avec l’année 2013 sans doute et les médias auront de quoi se moquer de nous dès qu’ils auront une autre nouvelle à mettre sous la dent. Les média ont tendance à soulever une frénésie et à la faire taire. Aussi, il est important de savoir celui qui est « le maître de mon destin et le capitaine de mon âme. » Est-ce l’engouement populaire autour de Mandela ou les documentaires vus ici où là sur toutes les chaînes du monde ou plutôt est-ce la conviction personnelle que Mandela a vécue et est mort pour une cause que je dois incarner ?  Le monde juste, égalitaire où la famine, les maladies, les armes tendent à se taire pour faire place à la tolérance, l’acceptation de la différence de l’autre ne pourrait advenir que de ma propre responsabilité. Aux propos de Mandela, j’ajouterais bien « je suis le maître de notre destin, le capitaine de notre âme. »

Le contraste qui apparaît quand la Miss France 2004, une métisse très belle Flora Coquerel succombe à de subtiles invectives racistes alors que ces mêmes français rendent hommage à Mandela. Il demeure pertinent que le temps avant et après Mandela est ponctué de mauvais augures. Mais ces augures s’empireront si la xénophobie dans le monde remplace les idéaux de tolérance, d’égalité ethnique. La balle est dans le camp du citoyen du monde.

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Philosophe et politologue de formation, spécialiste-chercheur en gestion de conflits et paix, je suis à la recherche d'un meilleur pour l'Afrique dans le monde.

Yao Kékéli Jean

Philosophe et politologue de formation, spécialiste-chercheur en gestion de conflits et paix, je suis à la recherche d'un meilleur pour l'Afrique dans le monde.

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